Mercredi 02 octobre 2002
Euphrate, le pays perdu
 Photo: Hugues Fontaine, extrait de Euphrate, le pays perdu
La destruction des trésors archéologiques par la guerre m'a toujours terriblement attristé. Pas que je sois misanthrope... mais la disparition de l'irremplaçable marque l'imagination.
La guerre Iran-Irak, puis Koweit-Irak, puis la guerre du Liban avec lui-même... ont, sur ce plan, effacé bien des traces.
À cet égard, il faut dire également que les projets de construction de barrages hydro-électriques sur le Tigre et l'Euphrate ont été, et seront, au total, fort probablement encore plus destructeurs que ne le furent les guerres.
L'inondation de la vallée du Haut-Euphrate en Syrie, en 1999, par le barrage Tishrin est l'un de ces projets. Des milliers de tells (collines formées par l'accumulation de sédiments issus d'occupations humaines successives) disparurent ainsi à jamais.
J'ai vu l'Euphrate des villes mortes, l'Euphrate de la vie qui bat, mais aussi l'Euphrate étouffé par l'immensité artificielle du lac Assad. J'ai un amour fou pour le Proche-Orient, et chaque nouvelle visite me rend un peu plus amer.
D'autres barrages sont prévus sur l'Euphrate syrien. Les archéologues ont appris la leçon. Ils y courent maintenant, d'un tell à l'autre, tentant de devancer la vague sur ces terres qui furent le témoin des premiers balbutiements de la culture occidentale. De notre culture.
Ils courent et courent, les archéologues, tant et si bien d'ailleurs que la Syrie apparaît aujourd'hui au moins aussi importante sur le plan historique que la Mésopotamie, l'Irak actuelle.
Un témoignage.
PUBLIÉ PAR makalu |
le 2002-10-02 08:21:51
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Vendredi 27 septembre 2002
27 septembre 1918 : le massacre de Tafas (ou comment se rapprocher de Lawrence)
Dans l’un de ses articles lumineux, le paléontologue Stephen Jay Gould racontait comment il était arrivé à s’approcher à aussi peu que « trois poignées de main » de Charles Darwin. C’est-à-dire qu’il avait serré la main d’un homme qui avait serrer la main d’un homme qui avait serrer la main de Darwin.
Aussi futile que cela puisse paraître, cette lecture m’a convaincu de faire de même afin de me « rapprocher » le plus possible d’un autre Britannique célèbre : Thomas Edward Lawrence, le fameux Lawrence d’Arabie.
Cela, il me semblait, allait compléter un cycle amorcé au cœur de mon adolescence par la lecture des Sept piliers de la sagesse, quelque part à la fin des années 1970. -- Il y a trois ans, j’ai gagné le désert du Wadi Rum. Mon but était de marcher (courir, rouler, galoper) dans les pas de Lawrence, jusqu’aux portes de Damas.
Arrivé au village de Tafas (en Syrie, au sud de Damas), le lieu d’un terrible massacre perpétré par les Turques à l’endroit des Arabes, je me suis mis en tête d’explorer ce qui fut le champ de bataille de l’un des plus violents épisodes de la Révolte arabe.
La légende veut que Lawrence, Aouda et ses troupes soient arrivés à Tafas juste après le massacre, constatant la désolation dans les yeux des survivants. Des hommes, des femmes éventrées, des enfants mutilés jonchaient le sol.
Dans les Sept piliers, Lawrence mentionne que de jeunes enfants assistaient à la scène. « Certains de ces enfants seraient-ils encore vivants? » me fis-je comme réflexion. -- Après avoir investi quelques cafés et autres lieux publics, après m’être empli de rencontres fertiles, inoubliables, l’improbable se produisit : je fus conduit dans la demeure d’un vieillard qui jurait avoir assisté au massacre et, surtout, qui avait conservé un vif souvenir des «sauveurs à cheval», en l’occurrence, Lawrence et le prince Aouda. Les deux hommes inspectaient la scène, imaginant déjà la terrible revanche qui devait prendre forme le jour même, sur les plateaux qui s’étendaient juste là, devant mes yeux. -- Un formidable repas de kebab avec mes nouveaux amis achevait d’achever l’un des plus beau jour de ma vie.
-- Comme quoi il arrive que les objectifs les plus futiles engendrent des moyens profondément signifiants.
PUBLIÉ PAR makalu |
le 2002-09-27 09:27:01
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